Partager l'article ! Critique d'art: Marina Presti Les œuvres de Marina Presti sont étonnantes à la fois par leur vigueur et leur mystère ...
Les œuvres de Marina Presti sont étonnantes à la fois par leur vigueur et leur mystère. La peinture s’est tout d’abord présentée à elle de façon inattendue, comme une révélation dans le cours de sa vie. Cette rencontre avec l’art pictural a été décisive et a marqué le point de départ d’une aventure artistique et intérieure devenue très rapidement une philosophie de vie, une possibilité de recherche constante, une passion.
Autodidacte, Marina Presti mène en créatrice une exploration de la conscience, de l’humain, des forces et des énergies spirituelles, à travers une pratique graphique tout à fait particulière. Dans un environnement artistique contemporain où l’utilisation d’outils ou de techniques complexes devient toujours plus savante, sa façon de peindre la rapproche d'une recherche qui lui semble essentielle : celle du vrai . Sa peinture est atypique, et l’on peut également la qualifier d’inclassable, c’est une peinture qui se traduit par l’instinct et qu'elle applique sur chaque toile, par les mains.
Peinture instinctive. Peinture volontairement libérée. Peindre avec les mains représente pour l’artiste un contact qui va plus loin que la seule volonté de toucher la matière. C’est aussi et surtout une nécessité impérieuse de la comprendre, de l’appréhender dimensionnellement, d’intégrer cette peinture à l’huile à travers les pores de la peau, créant ainsi un rapport intime, une symbiose entre le corps et l’esprit, le visible et l’invisible. Comme elle le dit elle-même : « J’ai besoin de mettre mes mains dans la peinture, je suis une tactile et j’aime toucher cette matière pour la vivre. ». Cette authenticité de l’association s’exprime par un mouvement, une continuité, un enchaînement et un détachement ensuite pour un dialogue unique. Cette approche est une opportunité d’affranchir le mental de tout élément extérieur et de « lâcher prise », comme l’artiste aime à le rappeler. L’œuvre d’art, résultat saisissant d’une source inépuisable d’inspiration, à la fois consciente et inconsciente, est proposée comme un émetteur fluidique dans un champ exploratoire qui semble être infini. Cette peinture est à la fois un choix et une évidence.
Puisant dans les couleurs et les possibles de leurs mélanges, Marina Presti offre avant tout l’élan gestuel de son for intérieur dans des compositions subtiles où l’on peut ressentir un cheminement très personnel. Par l’abstraction, qu’elle affectionne particulièrement, l’artiste dévoile une partie d’elle-même, ou révèle des pistes de compréhension de soi ou des autres, que chacun pourra aborder selon son expérience, son vécu, ses émotions. Puiser en soi, dans la confrontation à l’œuvre, saisir les conditions d’une transmission, tels sont les enjeux de l’art de Marina Presti. Les tableaux sont bien moins des témoignages de son travail d’artiste que l’émergence et le rayonnement de vibrations invisibles qui prennent corps dans la matière et le chromatisme. Il s’agit là de morceaux d'âme. Dans cette peinture qui est avant tout communication spirituelle, le regardeur pourra trouver une invitation, à chaque fois renouvelée, aux confins d’un monde qui oscille entre rêve et réalité.
La spiritualité est vécue, par Marina Presti, comme un moteur car elle entraîne une addiction à l’art par les interrogations qu’elle suscite. C’est un langage presque ésotérique qui se concrétise dans son atelier, là où la peinture prend forme au son d’une musique, dans la quiétude, dans le recueillement et la méditation. L’artiste aborde sa toile sans croquis, sans travail préparatoire, à proprement parler. Tout est d’abord une question d’instinct. Comme l’avait évoqué Baselitz à propos de son œuvre, il s’agit bien ici aussi d’un « processus sensuel ». Les couleurs ne sont pas véritablement choisies, comme cela pourrait être le cas d’une recherche esthétique à travers la palette chromatique. L’artiste, dans son inspiration la plus pure, dispose tout au plus d’une dizaine de tubes de peinture, et choisit de se mettre en danger en peignant le plus souvent les yeux fermés, en laissant la composition se réaliser d’elle-même sous son impulsion. Lorsque Marina Presti s’essaie à la peinture figurative, réalisée cette fois, en «conscience» et toujours avec cette recherche en spiritualité qui l’anime, il s’agit davantage d’un prétexte pour mieux aborder, par une certaine distanciation, la peinture abstraite. Ainsi, et au fur et à mesure, l’harmonie devient exaltante dans des couleurs qui s’entremêlent, se chevauchent, se complètent. Delacroix avait écrit : «La couleur a une force beaucoup plus mystérieuse et peut être plus puissante ; elle agit pour ainsi dire à notre insu.». Si Marina Presti découvre son œuvre une fois la toile achevée, les couleurs, dans cette liberté accordée, réussissent à capter et à renvoyer les énergies qui sont aussi, en miroir, le réflecteur de sa personnalité.
Dans un maelström de coloris généreux et de formes presque fractales, qui se dessinent avec vivacité, la peinture instinctive de l’artiste est un élan sur lequel elle ne revient pas, consciente de l’éphémère d’une peinture qu’elle vit dans l’instant et dans la perception immédiate, et privilégiant sa signification véritable dans le temps.
Cette peinture, dont Marina Presti aime à dire qu’elle ne « maîtrise rien », s’enchaîne sur chaque toile sans qu’une recherche préalable ne vienne ralentir ou dénaturer l’état émotionnel dans lequel se trouve l’artiste à cet instant même de la création. En ne prêtant qu’une attention secondaire à la couleur et, par extension, à son lyrisme, elle lui ouvre la voie royale et lui donne une chance de s’exprimer, le plus librement possible dans le support, délivrant ainsi ses messages émotionnels. Les effets sont fascinants, équilibrés et harmonieux. C’est une peinture viscérale et mystique qui se joue réellement au creux de l’œuvre et qui est source de questionnements. Dans ces visions étranges, étourdissantes de couleurs et de formes en mouvement, Marina Presti réussit à délivrer et à décliner un univers où la gestuelle est la dynamique intense de la création, l’essence d’une peinture qui est le fruit du mouvement, l'empreinte de pulsions ou bien d'un instant privilégié.
Ces «vibrations» scandent le corpus de l’œuvre de Marina Presti et les suggestions picturales agissent à l'infini sur l’âme du regardeur, produisant en lui cette résonance avec l’artiste que seul l’art peut engendrer de façon aussi profonde.
Rodolphe Cosimi
Août 2010